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Des temples pour la lecture

22 septembre 2019 -
Le coffre aux trésors d'Hôtel Château Laurier Québec

Dans un billet récent, je vous ai invité à découvrir de belles églises qui dressent leurs clochers au cœur du centre-ville de Québec. Il y a à peine quelques décennies, toute la vie, non seulement spirituelle mais également sociale, gravitait autour de ces temples. Mais avec la révolution tranquille qui a marqué l’histoire québécoise au cours des années soixante, s’est amorcé un déclin de la pratique religieuse. Ces grandes églises où l’on célébrait les messes le samedi soir et le dimanche sont devenues de moins en moins occupées, des paroisses se sont fusionnées et plusieurs de ces temples sont devenus superflus. Certaines ont été démolies, d’autres ont été transformées à des fins résidentielles ou commerciales. Mais, pour notre plus grand bonheur, d’autres ont connu une deuxième vie des plus intéressantes en devenant de réels temples rendant hommage à la culture et à la littérature. Hier, ces églises ont été conçues pour convertir et entretenir l’ardeur de la foi. Aujourd’hui, elles ont été converties et elles attirent encore des milliers de fervents…de la lecture. Je vous propose de partir à leur découverte.

Bibliothèque Claire-Martin

Crédit: Ville de Québec

Située sur la rue Saint-Jean au cœur du Faubourg Saint-Jean-Baptiste, à quelques minutes de marche de l’Hôtel Château Laurier Québec, l’église anglicane St. Matthew est entourée d’un cimetière qui est devenu un véritable petit parc urbain où il fait bon se promener. Vous y remarquerez de majestueux arbres centenaires qui se dressent vers le ciel à l’image des clochers d’antan. Plusieurs personnalités qui ont marqué l’histoire de la communauté anglophone de Québec y sont inhumées. Construit en 1822, ce temple a été détruit lors d’un grand incendie en 1845 et reconstruit en 1848. Il a été classé monument historique par le gouvernement du Québec en 1976 et cédé, quelques années plus tard, à la Ville de Québec qui a décidé de le transformer en bibliothèque. Depuis son ouverture en 1980, l’église a fait l’objet d’importants travaux en 1999, puis en 2016, un autre chantier majeur a permis de réaménager complètement l’intérieur afin de le rendre plus fonctionnel. Le blanc des murs et du mobilier a permis, non seulement de rendre l’espace plus lumineux, mais également de faire ressortir pleinement toute la richesse des vitraux et du plafond de bois.

En y entrant, on y ressent, comme autrefois, un sentiment de calme et de sérénité, si propice à la découverte des livres et des documents qu’on y retrouve. Les architectes ont su sauvegarder l’esprit des lieux tout en faisant un espace contemporain inspirant. Lors de la réouverture en 2107, on l’a renommé en l’honneur de Claire Martin, une écrivaine qui a vécu dans le Faubourg Saint-Jean-Baptiste.

Bibliothèque Monique-Corriveau

Fière de ses 400 ans, la Ville de Québec possède un riche patrimoine religieux. Même si celui-ci possède un fort potentiel d’attraction, des églises plus contemporaines possèdent également une réelle valeur architecturale. C’est le cas de l’église Saint-Denys du Plateau, située sur la route de l’Église, tout près du boulevard Laurier et de ses centres commerciaux. La Ville de Québec voulait relocaliser la bibliothèque Monique-Corriveau, à l’étroit dans un bâtiment de béton sans âme construit en 1967.

En décidant d’utiliser l’église Saint-Denys, située tout près sur la même artère, on a fait d’une pierre deux coups. D’une part, on pouvait conserver ce joyau du patrimoine architectural moderne de Québec, tout en créant un véritable lieu de rassemblement pour les citoyens conformément à l’utilisation originale de l’église. Fort heureusement d’ailleurs car le bâtiment aurait, comme beaucoup d’autres églises, été abandonné et éventuellement, démoli.  Tout dans cet édifice permettait d’y loger la bibliothèque Monique-Corriveau et d’en faire un lieu invitant et inspirant. D’une part, l’espace disponible dans l’église et à l’emplacement de l’ancien presbytère permettait de tripler la superficie de l’ancienne bibliothèque, ce qui offrait des possibilités incroyables pour en faire un bâtiment culturel qui saurait attirer les citoyens et leur donner le goût d’y revenir.

Crédit: Ville de Québec
Crédit: Ville de Québec

En entrant dans le nouvel écrin de la bibliothèque, on est frappé par l’espace. En peignant entièrement en blanc le bois du plafond et des poutres, on a épuré et rendu le lieu lumineux. Tout dans ce bâtiment est beau et fonctionnel : le mobilier, les aires de repos, les revêtements de sol, les touches de couleur, l’escalier central et la signalisation avec des mots tels « Découvrir », « Rêver » et « Se divertir ». Les architectes ont privilégié la fluidité et la transparence en aménageant l’espace de façon à le rendre à la fois beau, stimulant et en mesure de répondre aux besoins des citoyens de tous âges. Tous les détails sont soigneusement pensés. Pas étonnant que de plus en plus de citoyens aiment y venir et, comme autrefois, s’y recueillir dans une atmosphère de calme. On y retrouve des lieux et des ambiances diverses, certaines ouvertes et éclairées, d’autres, plus calmes et intimes. En dirigeant notre regard vers le haut, on découvre la mezzanine, et le mot « Rêver » en grosses lettres blanches. Le choix du mot est vraiment à propos car la mezzanine, comme le reste du bâtiment et de son aménagement, est une réelle invitation au rêve et à l’abandon dans le plaisir de la lecture.

Et comme dans l’ensemble des bâtiments publics, une portion du budget a été réservé à l’intégration d’œuvres d’art. Surplombant ce qui était autrefois le cœur et le crucifix qui le dominait, on a donc intégré une œuvre monumentale de l’artiste Claudie Gagnon. Intitulée Réseaux ou la forêt des connaissances, cette œuvre représente des branches d’arbres entrelacées qui évoquent les réseaux d’échange que permettent les nouvelles technologies.

Crédit: Ville de Québec

Même si le bâtiment n’a plus de vocation religieuse, cette œuvre d’art et son intégration au lieu accroche le regard en le faisant pointer vers le haut, évoquant ainsi avec justesse le caractère sacré, propre à l’utilisation initiale de l’édifice. Même si celui-ci est un peu excentré par rapport aux quartiers touristiques de Québec, le déplacement en vaut la peine, d’autant plus qu’il est accessible et bien desservi en moins de 25 minutes par le transport en commun. Et pour compléter l’expérience, vous pourrez trouver, à quelques minutes de là, Laurier Québec et Place Sainte-Foy, d’autres temples, réservés ceux-là au magasinage.

La Maison de la littérature

Retournons vers la rue Saint-Stanislas, au cœur du Vieux-Québec pour découvrir la Maison de la littérature. En entrant dans celle-ci, au rez-de-chaussée, on retrouve l’accueil, un petit café et une scène littéraire. On accède à la salle principale au premier étage en empruntant un escalier en colimaçon. Une fois dans la salle principale, l’effet « Wow » est immédiat. On pénètre dans un espace immaculé, abondamment lumineux, qui contraste avec le style néogothique de cet édifice. Le concept aéré, imaginé par les architectes, mise sur la lumière et les percées visuelles sur les trois niveaux du bâtiment. Ici, contrairement aux bibliothèques traditionnelles et malgré la grande quantité d’ouvrages et de documents proposés, on ne se sent pas écrasé et on ressent un effet de bien-être. On a le goût de s’attarder en prenant le temps d’admirer le lieu. Sa transformation est d’autant plus spectaculaire que l’on se trouve dans un bâtiment qui a du vécu.

En effet, la Maison de la littérature a été aménagée dans le temple Wesley, un édifice d’une grande valeur patrimoniale. Première église de style néogothique à Québec, ce temple a été construit en 1848 d’après les plans de l’architecte Edward Stavely pour servir de lieu de culte à la communauté méthodiste. Grâce à la générosité du sénateur Lorne C. Webster, la Ville de Québec a pu acquérir l’édifice qui était désaffectée depuis 1931. La Ville décide alors de le transformer au profit de l’Institut Canadien qui y aménage une salle de spectacles et une bibliothèque à l’étage inférieur. La salle de l’Institut a marqué l’histoire culturelle à Québec. En effet, de nombreux spectacles et conférences y ont été présentés pendant plusieurs décennies. À la fermeture de la Salle de spectacle en 1999, l’Institut a imaginé un concept novateur qui puisse répondre aux besoins du milieu littéraire et offrir une vitrine à la littérature québécoise, tout en demeurant la bibliothèque des citoyens du Vieux-Québec. Le projet de Maison de la littérature voyait le jour.

L’offre de la bibliothèque, dont une partie est numérique, est spécialisée dans les œuvres québécoises : surtout des livres, mais également des enregistrements sonores, des films et des disques. Outre la bibliothèque publique, on y retrouve une exposition permanente sur la littérature québécoise, des cabinets d’écriture, un atelier de BD, un studio de création, une résidence d’écrivains, un salon de quiétude, ainsi que, toute l’année, une programmation variée présentée sur la scène littéraire. L’Hôtel Château Laurier Québec est non seulement fier d’être aux portes du Vieux-Québec et de son riche patrimoine, mais nous sommes également engagés dans la mise en valeur de la culture francophone. Notre attachement à la Maison de la littérature est donc tout à fait naturel.

Qu’on vienne à Québec pour la première fois ou qu’on aime à y revenir régulièrement, il est toujours intéressant d’y dénicher de petites perles qui, non seulement illustrent si bien notre attachement aux livres et à la culture, mais qui sont des témoins éloquents d’une intégration architecturale réussie. La Maison de la littérature, tout comme les bibliothèques Claire-Martin et Monique-Corriveau nous démontrent à quel point on peut donner une nouvelle vie à des temples et églises au lieu de les laisser se détériorer ou encore, tomber sous le pic des démolisseurs.

Mon coup de cœur musical : L’album Émilie Clepper et la Grande Migration. Un disque entièrement francophone où elle se consacre au chant et laisse toute la place à ses musiciens québécois. J’ai adoré!

 

Ma découverte du mois:

Émilie Clepper et la Grande Migration
Émilie Clepper

Clavardage